« 26 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 319-320], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9676, page consultée le 05 mai 2026.
26 avril [1842], mardi matin, 9 h. ¾
Bonjour mon Toto chéri. Je vous baise bien tendrement. Je vous aime mon Toto. Je
n’ajoute rien à ce mot là parce qu’il contient tout le bonheur et la tristesse et
plus
encore la tristesse que la joie et le bonheur. Je devrais finir ici ma lettre n’ayant
rien de plus intéressant à y ajouter, car mes nuits et mes jours ne sont pas assez
fertiles en événements pour fournir une syllabe à ma rédaction ; aussi quand j’ai
écrit sur une belle feuille de papier blanc ces quatre mots : - mon Toto je t’aime, je suis au bout de mon rouleau et je ne sais plus
qu’ajouter. Cela ne fait pas l’éloge de mon esprit, mon cher petit Toto, mais cela
prouve que je t’aime à l’exclusion de toute préoccupation et de toute autre chose
au
monde. C’est bien, bien vrai, mon amour. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime,
je t’aime. Je t’aime comme une bête, voilà tout. C’est pas ma faute, c’est la faute
de
je ne sais pas quoi. Mais vraiment, mon Toto, tu devrais te contenter de cette petite
phrase tous les matins et tous les soirs : je t’aime et ne pas en demander davantage.
Je suis trop à court d’événementsa
pour en remplir quatre pages, de sorte que je ne sais plus comment faire et que je
suis très embarrassée du reste de mon papier.
Je pense que notre petit malade va
toujours de mieux en mieux1. J’espère que lorsque tu seras tout à fait tranquille tu me
donneras quelques bonnes matinées d’amour. Je ne les aurai pas volées, entre nous soit
dit. Sur ce, baise-moi et ne va pas à la réception de ce hideux chancelier2. Je ne suis pas très disposée à la
résignation de ce côté-là, je vous en préviens mon amour chéri.
Juliette
1 François-Victor Hugo. D’une santé très fragile quand il était enfant, il tombera très souvent malade. Depuis le début du mois de février il souffre d’une grave maladie pulmonaire qui connait beaucoup d’améliorations et de rechutes dont la convalescence n’interviendra qu’à l’automne.
2 Il s’agit certainement du duc Étienne-Denis Pasquier.
a « événement ».
« 26 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 321-322], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9676, page consultée le 05 mai 2026.
26 avril [1842], mardi après-midi, 5 h.
Est-ce que tu es à l’Académie, mon cher petit bien aimé ? En vérité pour quoi faire ?
Si tu veux perdre ton temps il vaudrait bien mieux que ce fût avec moi qu’avec tous
ces affreux vieillards bavant dans leur perruque1. J’ai toujours bien mal à la tête mon Toto2. Depuis qu’il fait chaud je n’ai pas passé un jour
sans avoir mal à la tête. Je ne me manière pas mon Toto, je t’assure que j’ai vraiment
de grands maux de tête. Y peux-tu quelque chose ? Je n’en sais rien, mais je sais
que
si j’étais à ta place j’essayerais de tous les moyens avoués par la chimie et par
l’amour pour me guérir maintenant. Voilà mon avis, tu n’es pas forcé de le suivre.
Ce
que je t’en dis c’est pour parler, voilà tout.
Le temps est noir et lourd. Je
voudrais qu’il fît un gros orage pour me rafraîchir un peu la tête, il me semble que
cela me soulagerait. Cependant je ne veux pas qu’il vous pleuve sur la bosse.
Dépêchez-vous de revenir à la maison et laissez pleuvoir. Quand je dis la maison c’est MA maison que je veux dire. Hélas ! vous n’y
venez guère souvent dans cette pauvre maison, je ne sais pas ce qu’elle vous a fait
et
moi aussi, mais il y a bien longtemps que vous nous avez planté là sans plus vous
en
soucier que de votre première brassière. Tiens, voici qu’il pleut, quel bonheur si
cela peut me guérir. À propos de guérir, comment va notre cher petit malade3 ? Je pense bien à lui, ce pauvre petit bien aimé et je serai bien
heureuse le jour où il ne souffrira plus du tout. Mon Toto bien aimé, je voudrais
te
voir. Je voudrais te baiser sur toutes les coutures, est-ce que tu ne vas pas enfin
bientôt venir ? Je t’attends, je te désire, je t’aime et je t’adore, toutes ces
raisons-là devraient cependant t’attirer près de moi loin de t’en repousser ? Il me
semble du moins.
Juliette
1 Victor Hugo a été élu membre de l’Académie française le 7 janvier 1841, mais Juliette se moque souvent de cette institution qu’elle juge inutile en qualifiant ses représentants d’ « un tas de vieux bavards qui ne pouvez pas vous taire » (lettre du 3 mars 1842).
2 Juliette se plaint depuis presque trois jours d’un puissant mal de tête qui ne semble pas se dissiper.
3 François-Victor Hugo. D’une santé très fragile quand il était enfant, il tombera très souvent malade. Depuis le début du mois de février il souffre d’une grave maladie pulmonaire qui connait beaucoup d’améliorations et de rechutes dont la convalescence n’interviendra qu’à l’automne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
